The Babbel Blog

language learning in the digital age

7 raisons pour lesquelles nous aimons les listes – et pourquoi elles nuisent à notre cerveau

Posted on May 22, 2014 by

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

les listes

 

Nous aimons les listes parce que nous ne voulons pas mourir.

- Umberto Eco, Vertige de la liste

 

Sur internet se développe de plus en plus ce qu’on appelle en anglais les « listicles », c’est-à-dire des articles rédigés sous forme de « listes » ou de « tops ».

Ils sont partout et appâtent le lecteur avec des titres accrocheurs du genre « Les 15 moments les plus emblématiques du métro parisien » ou « Top 10 des métiers qu’on peut faire quand on a une raie sur le côté ». (Non, ne partez pas !).

Ça fait rire les uns, les autres y voient une démonstration supplémentaire de la bêtise humaine. Les « listicles » font le succès de sites web américains comme Buzzfeed (qui existe déjà en français) ou Listverse et s’imposent également dans la presse écrite. Ils sont tellement omniprésents qu’on finit par trouver des raisons de les détester.

Les « listes » ou « tops » sont l’expression d’une tendance très actuelle de l’esprit à se laisser constamment divertir et déconcentrer. D’où l’intérêt de se demander quel est l’effet que cela produit sur nous et sur notre mode de pensée.

 

1. Le top du best of

La tendance humaine à faire des listes ne date pas d’hier. Des paroles de Moïse, on a retenu dix commandements, et les Grecs s’étaient mis d’accord pour identifier sept merveilles du monde. Réduire le monde à quelque chose de maîtrisable comme une liste de courses le rend plus digeste. Il est alors plus facile d’estimer quand aura lieu l’apocalypse et si cela laisse encore du temps pour passer au petit coin.

 

2. Coup de foudre en un clic

Le « listicle » idéal doit séduire par son titre alléchant et super captivant, qui à la fois renseigne sur la longueur du texte et excite la curiosité du lecteur qui veut en savoir plus (Mais alors, où est le problème ? Vraiment, les listes sont nocives pour notre cerveau ?). Notre concentration se fixe sur le nombre indiqué dans le titre, qui nous saute aux yeux, nous dit Maria Konnicova dans le New Yorker. La plupart de ces listes ne réclament pas une attention soutenue pour être lues, et se partagent en un clic sur les réseaux sociaux.

 

3. Oh là là, ça en jette !

Le « listicle » est un exemple parfait de la manière qu’ont les textes de se baser de plus en plus sur des principes graphiques et visuels. Les paragraphes sont espacés par de grandes plages blanches, ce qui facilite la lecture, car notre cerveau mémorise les informations en fonction de leur disposition dans l’espace. Chaque paragraphe contient un argument autonome, ce qui rend le texte idéal pour une lecture de survol, en attendant le bus par exemple. On voit bien ici que le principe est efficace : vous venez déjà de parcourir la moitié de cet article !

 

4. Entre vous et moi…

Il y a un pacte tacite conclu entre l’auteur et le lecteur d’un « listicle ». « Je te promets une expérience de lecture agréable », dit l’auteur. « Je te ballance quelques bribes d’arguments et de contenus que tu pourras digérer rapidement et facilement, l’une après l’autre. Je ne te donne aucune structure argumentative – si A, alors B, or C, donc D – mais mon énumération t’aidera « à organiser ce qui sinon te submergerait » (David Wallechinsky, auteur de Le livre des listes).

 

5. La manière de lire chan… oh, qu’il est mignon ce chaton !

Cher lecteur, si vous êtes parvenu à lire jusqu’ici, félicitations : la plupart des gens lisent maximum 28% des mots qui figurent sur une page web. Les « listicles » sont adaptés au monde moderne, car les interruptions et ruptures qui le caractérisent sont essentielles à leur structure formelle. Vous avez perdu le fil ? Reprenez la lecture où vous voulez ! Une étape de la liste a été sautée ? Aucune importance ! Et après avoir lu l’article, vous aurez un sentiment de satisfaction qui orientera, selon une étude de psychologie sociale réalisée par Robert Zajonc, vos décisions futures. Comme par exemple celle de lire davantage de listes…

 

6. Le poisson rouge contre l’humain, 1- 0

D’après une étude récente faite aux Etats-Unis, le temps moyen de concentration d’un être humain serait de 8 secondes en 2013 contre 12 secondes en 2000. Le poisson rouge moyen atteindrait quant à lui 9 secondes. Fort heureusement, le cerveau humain se distingue par sa plasticité neuronale : nous pouvons modifier la structure de notre cerveau en modifiant notre comportement, et vice-versa. Il va de soi que les activités cognitives telles que la méditation, l’apprentissage des langues et les excercices intellectuels ont des effets bénéfiques sur nos structures neuronales. Les anciennes habitudes sont résistantes ; le défi est de les renouveller et de les améliorer.

 

7. L’âge d’or des « listicles » est-il compté ?

Les modes sont vouées à passer et une recherche rapide sur le web anglophone révèle une foule d’articles, souvent rédigés eux-mêmes sous forme de listes, qui critiquent le « listicle ». Sur le web francophone s’affrontent les partisans du pour et du contre, autour du succès de la version française de BuzzFeed. En attendant, vous avez le choix. La prochaine fois que votre souris s’attardera sur l’un de ces titres racoleurs, prenez le temps de vous demander si c’est vraiment ce que vous avez envie de lire – et avouons-le, nous aimons tous le fast-food de temps en temps – ou si vous préférez lire quelque chose de plus approfondi, consistant et nourrissant.

 

Images

 

Rua Oscar Freire‘ by IgorSchutz / CC 2.0

To-Do List‘ by john.schultz / CC 2.0

 

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Leave a Reply